Etienne Traoré : « Pour la première fois je suis habité par des doutes à propos de la rupture avec le système Blaise Compaoré ! »

Un post qui retient les attentions sur Facebook ce dimanche matin, celui du Professeur Etienne Traoré, allié politique du MPP avec son parti Burkina Yirwa.  Revenant sur la campagne électorale qui a précédé les élections municipales du 22 mai 2016, l’enseignant de philosophie morale et politique se dit extrêmement déçu. Pourquoi? Lisez plutôt!

12115892_102579920102658_8311688321415983850_n« A mes amis internautes : suis de retour de campagne, extrêmement déçu pour notre processus démocratique!!!

Deux semaines durant, je suis allé soutenir des candidats de notre Parti Burkina Yirwa. J’ai été stupéfait de la corruption électorale au grand jour de la part essentiellement de certains riches partis(du pouvoir comme de l’opposition) : un riche parti (certainement le plus riche) offrait systématiquement à tout village 50000f. Du jamais vu. Et dans la nuit du Samedi au Dimanche de l’élection municipale, ce même parti refaisait le tour pour ajouter entre 15000, 25000 et plus. Je parle de ma Kossi natale en pleine période de soudure alimentaire! Mais cela a été, selon mes camarades, la même pratique dans tous les villages du Burkina. Ajoutez à cela ce qui s’est passé dans les secteurs des villes. Je participe aux élections depuis 25 ans! Mais je n’ai jamais vu un tel niveau de corruption électorale, et surtout à un tel niveau de sa banalisation,  voire de son officialisation ! Loin de moi l’idée naïve qu’on puisse faire la politique sans argent. Mais je me refuse à dégrader la politique au stade d’un achat massif des votes.

Quant à l’argument principal de campagne, c’est la même rengaines anti républicaine entendue sous Blaise Compaoré : si vous ne votez pas le parti du Président du Faso, celui-ci ne fera rien pour votre commune !

Moi qui suis même allié du Pouvoir en place et qui le reste avec toute mon intellectualité critique, j’ai été traité de mendiant de postes et notre parti traité de parti d’opposition. Mais on est  où là? Je prie les supérieurs hiérarchiques des tenants de ces propos méprisants et faux de ne pas insulter mon intelligence en disant qu’ils n’en sont pas informés. Ce sont des méthodes machiavéliques que j’enseigne à mes étudiants de première année ! ! !

J’exprime toute mon inquiétude quant à une corruption accélérée de notre démocratie (pouvoir du peuple) en une ploutocratie (pouvoir de l’argent). Il faut urgemment contrôler les dépenses électorales pour éviter cette déviation, arrêter les tentations de détournements du dénier public et sauvegarder notre souveraineté nationale face à de gros financements intéressés venus de l’extérieur. Je demande humblement à toute la classe politique de s’approprier ce problème qui, mal résolu, peut être un nouvel obstacle à toute alternance. Je demande humblement à toutes les organisations de la  Société Civile, ainsi qu’à toutes les Autorités morales et réligieuses de s’en préoccuper pour prévenir d’autres déchirements fratricides. Je le demande avec franchise, honnêteté intellectuelle(pouvant être mal comprises), et  au nom du nécessaire patriotisme qui nous manque si tant encore. Ce patriotisme qui me semble aujourd’hui être la principale référence pour notre développement, par delà nos idéologies et nos chapelles diverses.

Je sors de cette épreuve ainsi très déçu. Pas déçu des résultats car notre parti qui n’a pas encore un an, a obtenu 42 conseillers et est ainsi classé quatorzième sur 85 participants . Mais déçu par les mauvaises méthodes utilisées de façon aussi banale, voire normale. Vraiment, pour la première fois je suis habité par des doutes à propos de la rupture avec le système Blaise Compaoré !

Étienne Traoré, enseignant de philosophie morale et politique. Ouagadougou 29 Mai 2016.»

Une réaction de l’avocat Guy Hervé Kam, suite au post : « On peut sensibiliser les lecteurs, mais cela n’enlève rien à la gravité des faits décrits par le Pr. La pratique décrite est pénalement et moralement condamnable. On est donc en face d’une question de responsabilité politique des auteurs de cette pratique. Notre responsabilité à tous, c’est de ne pas banaliser ce mal, c’est de refuser la banalisation du mal, d’où qu’elle vienne car personne n’échappera aux conséquences. Plus tard, ce sera trop tard. »

Lien utile : https://www.facebook.com/tianmi.traore?fref=ts

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