Alcools frelatés à Ouagadougou : Le commerce de la mort !

alcoolLe phénomène de la commercialisation des alcools dits frelatés a pris des proportions inquiétantes dans la capitale burkinabè depuis ces dernières années. Les unités de production de ces boissons aux origines et à la qualité douteuses foisonnent dans les quartiers, dans une insouciance déconcertante. Elles déversent des quantités inimaginables de redoutables liquides, tuant à petit feu, dans les circuits de la consommation, au grand péril de la santé publique. La situation est si préoccupante qu’il devient de plus en plus impossible de distinguer le vrai du faux.

Samedi 30 mai 2015. Début d’après-midi. Un incendie monstre se déclenche dans l’une des villas de la cité SOCOGIB, côté ouest de Ouaga 2000. Le quartier est en émoi. Un gros nuage compact de fumée noire monte vers le ciel. C’est le branle-bas général. Les voisins accourent pour éteindre le feu. Mais impossible, les flammes sont robustes. Les pompiers alertés ont eu de la peine pour venir à bout du feu. Il leur aura fallu toute l’après-midi pour y arriver. Mais cet incendie aura aussi permis au quartier de faire une grande découverte. Une découverte stupéfiante. Cette villa dont les portails étaient toujours solidement barricadés et gardés avec beaucoup d’impassibilité par des vigiles n’était rien d’autre qu’un sanctuaire d’alcools frelatés. En la faveur de cet incendie, les voisins ont pu enfin découvrir l’activité peu recommandable qui s’y menait. Le spectacle est ahurissant. Des montagnes de bouteilles et autres emballages vides dans la cour, des tonnes de rouleaux d’étiquettes de toutes sortes, des bouchons de bouteilles, stockés dans les différentes pièces de la maison pleine à craquer, etc. Le décor était tout simplement atterrant ce jour-là. La plupart des témoins ne s’en reviennent pas devant le désolant spectacle. Les voisins immédiats témoignent ne s’être jamais doutés un seul instant que la maison en question pouvait servir à pareille activité. Des mouvements de camions étaient visibles devant la cour, le plus souvent de nuit, mais jamais on n’avait pensé à pareilles pratiques à l’intérieur. Témoigne-t-on, déconcerté. Derrière cette activité se cachent des expatriés. Précisément d’origine indienne. Ils occupent les lieux depuis 5 ans, apprend-on. La Gendarmerie nationale a été aussi alertée. Elle est venue faire les constatations d’usage. Elle a aussi procédé à des prélèvements dans les stocks d’alcools produits par les intéressés. En plus de cette villa servant surtout de lieu de stockage, ils ont un autre local situé au quartier Cissin. C’est là-bas que se trouve l’usine de production. La gendarmerie dit avoir transmis les échantillons prélevés au Laboratoire national de santé publique pour des analyses. Les résultats de ces analyses seraient toujours attendus.

Vite, une thérapie du cheval !

feuLes cas similaires de produits sur lesquels le doute existe et certaines règles et conditions d’hygiène ne semblent pas respectées, sont innombrables dans la capitale. Le Reporter a maintes fois écrit pour interpeller sur les énormes dangers liés à ce que d’aucuns appellent, sans doute à juste raison « commerce de la mort ». Ces unités de production clandestine d’alcools pullulent dans les quartiers et déversent au quotidien des quantités énormes de ces produits douteux et très nocifs.

Au ministère de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat, il n’y a pas réellement de cadre qui s’occupe de toutes ces questions. A la Direction de la réglementation et du contentieux, si l’on statue sur des produits tels les hydrocarbures, les articles scolaires, les huiles, la question de boisson alcoolisée n’est pas à l’ordre du jour. En somme, il n’y a pas de réglementation particulière concernant la fabrication et la commercialisation de ces produits. Cela sous-entend donc que quiconque peut décider de fabriquer et vendre de la boisson alcoolisée et est libre de fixer les prix comme il l’entend sans être inquiété. Le ministère ne remet pas d’autorisation à ce sujet et aucune formalité à faire au niveau du commerce. Apprend-on. Là où le ministère, à travers sa Direction de guichet unique du commerce et de l’investissement intervient, c’est quand il s’agit de l’importation pour implantation ou vente de boisson alcoolisée. A ce niveau, selon les dispositions légales et réglementaires au Burkina Faso, une demande doit être adressée au ministre en charge de l’industrie. En même temps que la demande, une sorte d’inventaire est requise. Il s’agit de l’identité et adresse complètes du demandeur ; l’objet de l’unité ; le lieu d’implantation; le montant des investissements ; le schéma de financement des investissements ; le nombre d’emplois permanents à créer ; capacité de production à installer ; effets de l’unité sur l’environnement et mesures de protection envisagées; liste exhaustive des équipements à acquérir. Si la demande comporte toutes ces informations et si les avis d’autres institutions ne sont pas requis, l’autorisation peut être obtenue en deux semaines. A l’issue de ces traitements de dossiers, chacun est laissé à lui-même,est-on tenté de dire.

Un contrôle quasi inexistant

Aucun contrôle minutieux n’est mené sur le terrain pour vérifier que ceux qui ont des autorisations l’utilisent à bon escient, ou que ces boissons fabriquées parfois clandestinement ne sont pas nocives et dans quelles conditions elles sont vendues.

Au niveau de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), on relève que les procédures c’est d’abord à la Direction du guichet unique. La DGCCRF elle, a pour attributs le contrôle, la répression. L’ABNORM(Agence burkinabè de normalisation, de la météorologie et de la qualité) créée depuis 2012, fonctionnelle il y a quelques mois, n’intervient que quand il y a plainte. Explique son directeur, M. Ky. Un arrêté aurait scindé les attributions et celles sur les produits alimentaires ont été transférées au Laboratoire national de santé publique. Contact pris avec celui-ci, il a été signifié qu’il s’occupe du contrôle de la qualité uniquement à l’importation. Le laboratoire n’agit donc pas en termes de surveillance qualité sur le marché du territoire national.Par ailleurs, une seule sortie a été effectuée pour le moment et durant cette année, par le département en charge de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes. Pire, c’est un contrôle de qualité primaire qui est effectué (date de péremption, vérification de dossiers d’implantation, autorisation). L’accent n’est pas vraiment mis sur une réelle vérification de la qualité à travers des analyses.

Déjà que la simple consommation d’alcool peut s’avérer dangereuse pour la santé, qu’en est-il quand il s’agit des produits frelatés encore nocifs ? En ces temps où tout semble périmé ou frelaté, les autorités compétentes devraient également se pencher sur ce phénomène, faut-il le dire, récurrent et aussi inquiétant quand on sait le grand nombre de consommateurs de ce type d’alcools.

Amélie GUE

(http://reporterbf.net/index.php/trajectoire/item/700-alcools-frelates-a-ouagadougou)

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