Ollo Kambou, adjudant-chef à la retraite : « Ceux qui ont tué Sessouma Guillaume sont là, c’est moi il a suivi dans les tortures»

Diffusée pour la première fois le 20 décembre 2014 sur Ouaga fm, l’interview avait été exceptionnellement rediffusée à la grande demande des auditeurs de la radio. L’entretien du journaliste Ismael Ouédraogo avec cet ex détenu qui a décidé de briser le silence a marqué plus d’un. Ollo Kambou adjudant-chef à la retraite réhabilité en 1992 est un ancien militaire qui a fait le tour de l’armée burkinabè. Pendant une heure d’échanges, des révélations sont faites, des noms sont cités. Aucun sujet n’est tabou dans ce témoignage poignant.

Je vous propose la substance de cette interview qui a reçu en juillet dernier, le Prix Galian de la catégorie « Interview Radio » et le Prix Spécial Radio du CNT.

Ismael Ouédraogo: Nouveau rendez-vous de l’émission les grandes questions sur Ouaga FM. Aujourd’hui un invité exceptionnel sur la radio. Nous avons Monsieur Ollo Kambou adjudant-chef à la retraite réhabilité en 1992. Il est un ancien militaire qui a fait le tour de l’armée burkinabè. Il est retraité depuis 1994. Il faut savoir que Monsieur Kambou est moniteur commando de formation, aujourd’hui il est maître-nageur et kinésiste thérapeute. Monsieur Kambou bonjour.

Ollo Kambou : Bonjour M. Ismaël

Ismael Ouédraogo : Merci d’avoir accepté l’invitation de Ouaga FM. Si nous vous avions invité sur le plateau de Ouaga FM c’est pour parler de tout ce que vous avez vécu comme militaire. Alors est-ce que vous pouvez vous présenter au public burkinabè qui nous écoute actuellement ?

Ollo Kambou : Merci. Je rends un grand hommage avant de commencer à nos enfants qui sont tombés les armes à la main. Sans ces enfants, le public n’aurait pas appris ce que je vais leur dire aujourd’hui.

Ismael Ouédraogo : Pourquoi vous dites que sans ces enfants le public n’aurait jamais appris ce que vous allez dire aujourd’hui ?

Ollo Kambou : Sans les journées de l’insurrection, et sans le courage de ces enfants, je pense que individuellement, personne ne pouvait lever le petit doigt pour dire ce que je vais dire ce matin.

Ismael Ouédraogo : Et pendant l’insurrection populaire vous étiez où ?

Ollo Kambou : Oui j’étais là à Koulouba. Les jeunes qui me connaissaient m’ont dit « tonton faut sortir par là parce que vous ne pouvez pas passer». En ce moment j’étais juste à côté de ECOBANK. Donc ils m’ont aidé à sortir par le coté de l’ancienne ambassade des Etats-Unis et j’ai continué jusqu’à la maison. Il y a même un qui m’a dit que ce n’est pas pour les vieux qu’il faut que je reparte. Au même moment, mon fils m’a appelé de France en disant que « papa si vraiment tu nous aimes,il faut retourner à la maison ». En ce temps j’étais déjà vers chez le Mogho Naaba pour lui demander d’intervenir pour calmer certaines choses.

Ismael Ouédraogo : Il vous connait très bien le Mogho Naaba ?

Ollo Kambou : Oui oui il me connaissait, je ne savais même pas qu’il me connaissait puisqu’il était sportif. Je jouais au football, j’étais dans l’équipe nationale. Il me connait sans que je ne sache. Nous avons donc échangé ce jour-là et je suis parti.

Ismael Ouédraogo : En vous recevant sur les antennes de Ouaga FM aujourd’hui, à la limite on parlera de témoignage édifiante de tout ce que vous avez vécu en tant que prisonnier militaire au Burkina Faso. Est-ce que vous pouvez revenir sur votre arrestation ? Parce que ce qui nous est revenu c’est que vous avez été arrêté le 24 décembre 1989 ; c’est bien cela ? Comment ça s’est passé ?

Ollo Kambou : C’était un samedi je suis rentré me reposer et vers 17h, les éléments de l’armée de l’air où j’étais en activité, je ne sais pas si c’est nécessaire de donner leurs noms. Ils sont venus me trouver et m’ont dit que le commandant Zongo Augustin m’appelle urgemment pour une mission. Je dis « Ok allez, je vais juste faire ma toilette et vous y rejoindre». Ils disent non que c’est urgent qu’ils vont m’emmener avec leur véhicule. Arrivé à la base aérienne, il y a un élément, il est décédé d’ailleurs,le capitaine Nikiéma Brice. Il m’a rencontré au portail et dit qu’il faut qu’on m’emmène au conseil que c’est là que Kéré a besoin de moi.

Ismael Ouédraogo : Le même Kéré qui est au régiment de sécurité présidentielle aujourd’hui?

Ollo Kambou : Oui que c’est lui qui a besoin de moi et il a appelé les deux sous-officiers qui sont venus me chercher ainsi qu’un autre (Wendkoun) de venir m’accompagner. C’est comme ça que nous sommes partis au Conseil. Une fois arrivé, ces derniers disent qu’ils ne sont au courant de mon arrivée là-bas. Kéré a envoyé quelqu’un pour me chercher. C’est ainsi que j’ai vu un soldat venir les bras ballants m’informer que c’est lui qui est venu me chercher. Ainsi, il s’est mis devant et Wendkoun qui m’avait accompagné suivait. Quelqu’un dans l’obscurité lui a fait un geste de se retourner, c’est là que j’ai commencé à sentir quelque chose de « pourri ».

Ismael Ouédraogo : Vous avez donc compris que ça n’allait pas très bien

Ollo Kambou : En ce moment j’ai compris qu’il y a quelque chose qui n’allait pas. Puisque je ne m’attendais pas à une telle chose. Je ne me reprochais rien du tout. J’étais officier des sports de la 5ème région. Je commandais donc toute l’armée à Ouagadougou en sport. C’est moi qui organisais tous les championnats inter-corps. Mon commandant de région c’était Gouba Christian avec son adjoint qui était Diendiéré. J’étais leur officier de sport.

Ismael Ouédraogo : Qu’est-ce qui s’est passé quand vous êtes arrivés au niveau du Conseil ?

Ollo Kambou : Celui qui m’a accompagné auprès de Kéré nous a donné la place. Kéré est arrivé, il me dit : « Kambou es-tu au courant de ce qui se passe ?». Je dis oui parce que depuis les 48h, j’étais au courant des arrestations de certains militaires et civils. Il me demande pourquoi je ne suis pas venu leur dire. J’ai répliqué que je n’avais pas reçu d’ordre de le faire. Il m’a dit qu’en tant que militaire je me devais de l’informer. C’est ainsi que je lui ai fait savoir que je ne faisais pas parti des personnes qui vendent des informations. Kéré en ce moment était Capitaine. On m’avait déjà menacé en disant que j’ai d’autres objectifs, c’est pourquoi je ne veux pas aider à consolider la révolution. Mais un moniteur commando a prêté serment. J’ai été formé en France. Nous étions trois. Il y a le colonel Yesko Compaoré, le commandant Bationo Joseph et moi.

Ismael Ouédraogo : Ils sont tous là ?

Ollo Kambou : Oui ils sont tous vivants.

Ismael Ouédraogo : Arrivé au Conseil, Kéré vous a demandé si vous étiez au courant des arrestations et vous avez répondu oui et il dit que vous auriez dû venir l’informer de ce qui se passait dans la ville?

Ollo Kambou : Il n’y a rien qui se passait dans la ville. J’ai appris tout simplement qu’on a arreté des gens qui sont au Conseil.

Ismael Ouédraogo : Et clairement on vous reprochait quoi exactement ?

Ollo Kambou : Quand j’étais dedans, il y’a un soldat qui est toujours vivant, c’est un parent d’ailleurs, qui rentrait fréquemment nous encourager. Moi par exemple, il m’a dit qu’on me reproche de vouloir venger Sankara, que je suis fort en mobilisation et que s’il y avait un coup d’Etat un jour, ça va passer par moi. J’ai appris après ma libération par une de mes élèves que j’ai été arrêté à cause d’une femme. Je ne peux malheureusement pas donner de nom car je veux éviter de créer des discordes dans des foyers. Mais le mari de celle à cause de qui j’ai été arrêté était militaire; un officier et avait une bonne position dans l’armée puisque c’est lui qui donnait les ordres. Pourtant cette dame était une parente. Son papa travaillait avec ma femme. Ils ont fait au moins 20 ans de service ensemble. La femme se trouve être une des copines de la petite sœur à ma femme. Elles sont donc chaque fois ensemble. Un jour la dame a demandé à me voir car elle avait besoin de mon appui pour être délégué de secteur au niveau du camp Guillaume. Je suis donc passé chez elle et je l’ai manqué elle et son mari. Et c’est d’ailleurs cette visite ratée qui s’est transformée en autre chose. C’est donc ça qui nous liait; pourtant ni ma femme ni moi ne faisions de la politique.

Ismael Ouédraogo : On va revenir sur votre arrestation parce que les populations ne comprennent pas très bien. Vous avez été arrêté amené au Conseil et après vous avez appris qu’il y a une histoire de femme. J’aimerais qu’on parle maintenant de ce que vous avez vécu pendant votre incarcération. Est-ce que vous étiez seul dans votre cellule ? Comment cela s’est passé ?

Ollo Kambou : Le premier jour nous étions 17 tous des civils. Après ma discussion avec Kéré, il y a un sous-officier du nom de Wéyelé Savadogo qui est venu. Il m’a demandé pourquoi on m’a amené là et il est parti. Après lui, Hyacinthe Kafando est arrivé en disant que «<Toi tu cherchais Tioté»; C’est un neveu qu’on avait voulu tuer. Selon eux même, que s’ils le gagnent, ils vont l’égorger s’ils l’attrapaient.

Ismael Ouédraogo : Pourquoi ? Parce qu’il faisait quoi ce monsieur ?

Ollo Kambou : C’était un soldat très vaillant sur tous les plans. Tout le monde le connaissait. En 1985 durant la guerre, c’est lui qui a détruit les chars et a conduit la remorque qui amenait les chars jusqu’au Conseil. Chaque jour, je le cherchais, partout je prenais des renseignements pour voir s’il était là. Il avait pu se sauver pour aller au Ghana. Ils avaient placé des gens qui leur ont rapporté que je suis allé à la recherche de mon neveu. Il m’a donc demandé ce que je suis allé chercher là-bas. J’ai dit que je suis allé chercher mon neveu et que personne ne pouvait m’interdire cela. Il dit « ah bon ? Tu vas voir» et il partit. Quelques minutes après, deux soldats se sont insurgés arme au point en me demandant de me lever. Ils m’ont envoyé à l’étage et on m’a enfermé dans un WC dans lequel il y avait déjà un infortuné du nom de Kouka Adama. Comme il faisait noir il ne me voyait pas. Il m’a demandé qui je suis et j’ai répondu que je suis Kambou Ollo. Il m’a dit : « qu’est-ce que tu fais ici ? C’est que je suis mort ». Voici ses premiers mots. Après nous avoir enfermés, ils sont restés écouter ce que nous allions nous dire dans le wc. Ils sont venus le faire sortir aller le torturer. Il aurait pu mourir ce jour-là car il était blessé partout. Ensuite est arrivé mon tour. On m’a amené sur un petit jardin en slip. Il y’avait 8 soldats derrière moi, il y’avait Gaspard devant moi.

Ismael Ouédraogo : Quel Gaspard ?

Ollo Kambou : Le même qui est mort. Il avait son colt pointé sur moi. Il y’a un autre qui est parti prendre le raccord du robinet, commencer à m’arroser. Il était 20h. Et les autres ont commencé à me taper comme un chien enragé. Il y’a un qui m’a tapé au coup je suis tombé. Et quand je me levais il y’a un autre qui a tapé par-dessus la tête, je ne sais pas avec quel matériel, c’est venu attraper mon œil. C’est les étoiles j’ai vu et jusqu’à nos jours, cet œil ne voit plus rien.

L’œil gauche. La rétine est complètement décollée.

Ismael Ouédraogo : Et vous avez les documents qui l’attestent

Ollo Kambou : La première personne qui m’a visité, Madame Tapsoba qui est ophtalmologiste à l’hôpital Yalgado. C’était en 1991 quand je suis sorti. On m’a torturé et on m’a ramené rejoindre l’autre détenu dans le WC. Nous avons fait une semaine dans le WC.

Ismael Ouédraogo : Qu’est-ce que vous mangiez là-bas ?

Ollo Kambou : Ce qui était servi comme repas n’était pas du tout un repas qui pouvait nous apporter des forces. Nous pouvons dire que c’est Dieu qui nous nourrissait. Nous étions dans l’obscurité totale. On ne voyait pas le soleil. Durant mes 13 mois de détention, c’est 2 fois, j’ai vu le soleil. Les hommes de droits de l’homme sont venus nous voir. Ils sont partis dire aux parents que nous sommes vivants. Mais nos parents ont insisté à nous voir. C’est ainsi qu’ils ont organisé une autre visite et ont amené les parents de tous les détenus. Et ils nous ont vu. A part ces 2 jour, je n’ai jamais le soleil.

La torture des autres détenus était pire que la mienne. Nous étions 16 dans la même cellule y compris Sankara Mousbila. On ne pouvait même pas avoir le sol pour nous coucher. Le truc de cuisine, plateforme avec le bac à eau pour laver les ustensiles, je suis resté couché sur ça pendant les 13 mois. Je prenais les pieds poser dans le bac, je m’adosse un peu, après je me lève, je m’assois. J’étais ainsi pendant les 13 mois, je faisais ça.

Ismael Ouédraogo : On vous a donc amené dans un autre endroit après ?

Ollo Kambou : Oui, on nous envoyé dans la cuisine et c’est là que nous étions 16. Il y avait les wc à coté mais on n’avait pas le droit de nous y rendre. C’est dans les grosses boîtes de lait qu’on faisait nos besoins et les mettait à côté. Le matin, on versait dans le wc qui est devant notre prote et relave les boîtes pour réutiliser. C’est comme ça que nous avons fait durant ces 13 mois. Après ma libération il y avait certains qui étaient toujours détenus. Je ne sais pas combien de temps ils ont fait après moi, mais j’ai rencontré quelques-uns en ville. Une fois j’ai vu un et quand je l’ai appelé, il s’appelait Madi, il a pris la tangente quand il a su que c’était moi. Il y a un autre qui ne voulait même pas recevoir une visite venant d’un des détenus.

Ismael Ouédraogo : A vous on reprochait d’avoir voulu venger Thomas Sankara et les autres, qu’est-ce qu’on leur reprochait ?

Ollo Kambou : On les repprochait de financer le coup. Je peux même vous citer leurs noms. Les 16 qu’on a enfermés là.

Ismael Ouédraogo : Vous avez les noms de toutes ces personnes-là ?

Ollo Kambou : Oui je ne peux pas les oublier. Si j’oublie c’est que je ne suis pas bien aussi. Il y avait Mousbila Sankara, Poda le magistrat, colonel Issouf Savadogo qui est en activité, il y avait Passaté qui est mort après, Tindano lui aussi est mort après, Madi Ouédraogo lui aussi est mort après, Kouka Adama Ouédraogo, il est vivant mais le choc était tel qu’il est tombé malade, on a même amputé sa jambe de diabète. Il y avait moi-même, il y avait Zoungrana Aziz, et ceux de Koudougou ils sont 3. Il y a un qui est vivant que je connais bien Sama Barthelemy un barman. Les deux autres c’est un tailleur et un cultivateur mais je n’ai pas de leur nouvelle. Il y avait Barry Sankara de la SONABEL, l y avait un Traoré Adma mais lui c’est un compagnon de ladji Sankara je ne sais pas ce qu’il est devenu parce qu’il a été libéré avant nous. Voici grosso modo la liste des personnes.

Ismael Ouédraogo : Est ce qu’il y avait d’autres personnes qu’on amenait au niveau du Conseil ?

Ollo Kambou : Après moi, personne ne peut dire le contraire. Sessouma Guillaume qu’on a tué; après mes tortures, c’est Guillaume qui m’a suivi. Je serais parti comme lui aussi. Il a subi les mêmes tortures que nous mais seulement, il n’a pas supporté et a rendu l’âme. Ceux qui ont tué Sessouma Guillaume sont là, c’est moi il a suivi dans les tortures. Ce n’est pas quelqu’un qui m’a dit c’est moi qui ai vécu ça. Parmi les soldats qui me torturaient, il y a un qui m’a reconnu et qui a dit « mais c’est notre officier des sports », c’est là qu’ils ont arrêté. J’ai demandé à Gaspar ce que j’avais fait. Il dit tu veux savoir ce tu as fait ? Il a dit à un, « amenez-moi la clé de la voiture je vais l’amener faire ». Il voulait m’amener à Kamboinsin. Après ils ont tous disparu un à un, j’étais seul. C’est là que Bonkian est venu. Il dit, tu n’as pas dit que tu es commando ? Il faut être commando aujourd’hui on va voir.

Ismael Ouédraogo : Le même Bonkian, colonel Bonkian

Ollo Kambou : Oui il m’a enfermé dans un trou d’eau sec et il est parti. C’est un soldat qui est venu me faire sortir pour me ramener dans les wc où se trouvait mon ami.

 Ismael Ouédraogo : Est-ce quand vous étiez détenus au niveau du Conseil, il y avait des étudiants qui venaient là-bas ?

Ollo Kambou : A part Guillaume qui est professeur d’université, on ne pouvait pas savoir qui venait ou pas. Il y avait toujours des pleurs au niveau du Conseil. Il y avait un gros moteur qu’ils démarraient pour camoufler les pleurs.

Ismael Ouédraogo : Mais est ce qu’il y’avait des informations qui vous revenaient comme quoi on avait également arrêté d’autres personnes ?

Ollo Kambou : Non mais comme je le disais, il y avait certains soldats qui avaient confiance en moi, venaient causer avec nous vu qu’ils me connaissaient. Par exemple pour la mort de Gaspar et Guillaume, ce sont eux qui nous ont aidés à avoir l’information.

Ismael Ouédraogo : Vous ne dormiez pas ?

Ollo Kambou : Non, on ne peut pas dormir dans ces situations. Un jour vers 3h du matin, ils sont venus prélever 3 personnes de la cellule et nous ignorions où ils avaient été amenés. Ce n’est que 1 ou 2h après ils sont revenus. Il y a un qu’ils ont dû porter pour envoyer. Il s’agissait de colonel Savadogo Issouf. Il était presqu’à l’agonie. Les deux autres étaient sur leurs pieds. Il s’agissait de Savadogo Issouf il est colonel dans l’armée active et Kouka Adama Ouédraogo lui aussi est vivant. Mais comme il est dépassé aussi et avec le choc moral, il était malade et on a amputé sa jambe. Il y a un qui est mort de tension après la libération. Ces trois-là, c’est Kéré qui est venu vers 3h du matin les faire sortir. Il les a mis dans le coffre d’un véhicule 505. Les 3 se sont alignés dedans comme des sardines et il a fermé. Il les ai amené quelque part pour les zigouiller selon certains soldats.

Ismael Ouedraogo : C’est ce qu’on vous a dit ?

Ollo Kambou : Oui puisque des fois, les soldats venaient causer avec nous et avaient pitié de nous. Donc au cours de la route on les a appelé et on les a dit de les ramener. C’est comme ça, ils nous ont donné l’information. Comme on ne les a pas sorti du véhicule, ils étaient presqu’asphyxiés. C’est ainsi qu’on a aidé à réanimer Issouf.

Ismael Ouédraogo : Quand on vous écoute attentivement on a l’impression que les conditions de détentions là-bas étaient inhumaines.

Ollo Kambou : Bien sûr c’est inhumain; c’est pourquoi je tenais à ce que le peuple burkinabè sache qu’il y a des choses qu’il ne faut plus tolérer dans ce pays. Moi dans le temps j’étais leur officier des sports, je venais même de terminer avec le championnat inter-corps mais je ne pouvais pas penser que ces gens-là, Diendéré même qui était mon chef direct, je ne pouvais pas comprendre que lui là, on a toujours été ensemble matin et soir. Je ne pouvais pas comprendre qu’il me fasse enfermer et fasse des rapports le lendemain aux autres pour dire que je fais partie des putschistes, c’est vraiment bizarre. Alors que moi je ne m’intéressais pas à la politique. Dans ma formation de base, c’est resté encré que le militaire est apolitique et dans ma nature, je suis apolitique. Et c’est avec ceci qu’on prétend dire qu’on fait Coup d’Etat, c’est très difficile à comprendre.

Ismael Ouédraogo : Est-ce que vous avez des larmes aux yeux quand vous vous souvenez de tout cela?

Ollo Kambou : Mais bien sûr. Moi j’ai quand même gardé les conseils de mes parents, je n’ai jamais fait verser le sang d’un homme.

Ismael Ouédraogo : Ces soldats avec qui vous causiez vous disaient-ils qui leur a donné l’ordre de faire tout cela ?

Ollo Kambou : Sans vous mentir il y avait vraiment une rivalité entre Diendéré et Hyacinthe dans le temps. Kéré était en quelque sorte un exécutant de beaucoup de choses. Même il y’avait les Compaoré Georges. Un jour comme je suis en haut, mes pieds étaient gonflés et je lui ai demandé s’il pouvait m’aider. Comme on se connaissait très bien avant, il a proposé à ce qu’on me torture parce que j’avais demandé à me détendre. C’est celui dont je parlais qu’il y’avait beaucoup confiance là, c’est lui qui m’a rapporté cela.

Ismael Ouédraogo : M. Ollo, nous sommes toujours avec vous. Je rappelle que vous avez été arreté le 24 décembre 1989. Est-ce qu’au niveau du conseil il y avait une cellule pour accueillir les personnes ?

Ollo Kambou : Il y avait trois officiers, il y’avait Georges Compaoré plus Bonkyan qui étaient tous à l’entrée. C’est Kéré qui est venu m’interroger et après lui c’est Hyacinthe qui est venu m’interroger et qui m’a envoyé directement dans la cellule.

Ismael Ouédraogo : Donc Hyacinthe avait une force apparemment.

Ollo Kambou : Personne ne commandait Hyacinthe au Conseil.

Ismael Ouédraogo : Il avait quel grade à l’époque ?

Ollo Kambou : Il était Sergent-Chef je crois.

Ismael Ouédraogo : Est-ce qu’un sergent-chef peut commander tout le monde ?

Ollo Kambou : Non il ne pouvait pas mais comme c’était une armée déjà déformée. Ce n’était pas une armée le Conseil. Quand on parle c’est pas qu’on invente. Il y’avait Diendéré qui était commandant, il y avait Gaspar. Par exemple à ma sortie j’ai demandé à voir Diendéré à deux reprises pour lui dire ce qui s’est passé et ce que j’ai entendu, mais il a refusé.

Ismael Ouédraogo : Vous êtes allé où pour le voir ?

Ollo Kambou : Dans son bureau à la présidence. C’était pour lui dire face à face ce que je sais. Je voulais lui expliquer ce qu’il y’avait entre sa belle-famille et ma famille. Je suis parti un jour au Conseil et j’ai trouvé les corps de Kebré Fidel et mon parent Gnonrya SOME. Ils ont nagé dans leur sang. J’ai vu ça de mes yeux. Et sa femme était à la porte, assise sur le pilier des ponts et prenait son petit déjeuner sans savoir que son mari était déjà fini. Disons que je parle mais on m’a dit de ne pas parler de ça.

Ismael Ouédraogo : Qui vous a dit de ne pas parler de ça ?

Ollo Kambou : Pas le coup, mais venir faire des déclarations à Ouaga FM, on m’a conseillé de ne pas le faire. Que je risque d’avoir des problèmes. Moi les problèmes ne me font pas peur aujourd’hui. Mes enfants sont adultes et ma dernière fille a 22 ans. Celui qui baisse les bras c’est lui qui va souffrir. Sinon tout le monde meurt. Moi à 66 ans j’ai vécu.

Ismael Ouédraogo : Quand vous avez été libéré le 27 janvier 1991, est ce que vous avez été libéré dans la journée ou dans la nuit ?

Ollo Kambou : Dans la journée. On m’a amené au Palais de justice et on m’a laissé ainsi.

Ismael Ouédraogo : Est-ce que vous avez été jugé ? Quand vous êtes arrivé au palais qu’est-ce qu’on vous a dit avant de vous libérer ?

Ollo Kambou : On m’a dit seulement de partir en me donnant un petit papier de mise en liberté. Je suis sorti m’arrêter longtemps et j’ai vu le commissariat de police qui est à coté et c’est là que je suis allé vers là-bas et je me suis retrouvé vers le grand marché. J’ai vu la boutique de Fadoul, c’est ça qui m’a orienté. J’ai vu un homme à qui j’ai demandé 100f pour prendre un taxi. Et je suis rentré chez moi.

Ismael Ouédraogo : Votre famille ne savait pas que vous aviez été libéré ?

Ollo Kambou : Non personne ne savait. Je suis parti les surprendre. Je suis rentré trouver que ma femme était allée au travail. Elle est venue me surprendre à la maison.

Ismael Ouédraogo : Est-ce qu’après votre détention vous avez été dédommagé ?

Ollo Kambou : On a eu une partie du dédommagement. On a forcé à signer ça. Que si on veut deposer plainte, on n’aura même pas 1F de ce qu’on veut nous donner. Moi personnellement j’ai eu 4 millions.

Ismael Ouedraogo : C’est l’Etat qui vous a donné ça ?

Ollo Kambou : Il y’avait un fond d’indemnisation qu’on a créé pour mettre en place quelque part.

Ismael Ouédraogo : Pourquoi vous n’avez pas porté plainte même si on vous a donné 4 millions, quand on est revenu à un Etat démocratique au Burkina Faso?

Ollo Kambou : Je suis organisé quand même. Je suis allé voir le colonel Diallo de la gendarmerie, c’est lui qui était Procureur de la Justice. Je suis parti le voir dans son bureau. Il m’a dit que c’est trop lourd pour lui.

Ismael Ouédraogo : Est-ce que vous avez cherché à rencontrer le président Compaoré pour lui parler de tout ce que vous avez subi comme dommage ?

Ollo Kambou : J’ai essayé mais il ne m’a pas reçu.

Ismael Ouédraogo : Vous étiez au silence. Maintenant que Blaise Compaoré n’est plus président, vous avez décidé de parler. Qu’est-ce que vous souhaitez des nouvelles autorités de la transition ?

Ollo Kambou : Pour apaiser le cœur des uns et des autres, je pense que le jugement est obligatoire.

Ismael Ouédraogo : Est-ce que vous allez porter plainte ?

Ollo Kambou : Mais pourquoi pas ? Il y a un médecin qui m’avait dit que je peux retrouver la vue.

Ismael Ouédraogo : Mais vous allez porter plainte contre qui éventuellement ?

Ollo Kambou : Je vous ai dit que ceux qui m’ont appelé sont là, Je vais porter plainte. D’abord l’armée de l’air qui a envoyé deux personnes qui ne sont pas encore mortes venir m’appeler chez moi. Quand je suis parti, on m’a amené au Conseil ; c’est Kéré qui m’a reçu. J’ai répondu à son appel. Après l’appel de Kéré, Kafando. Et dans la cuisine où on nous a enfermés, Diendéré faisait son rapport derrière ce mur-là. Que ces gars-là veulent faire Coup d’Etat, on va les juger, et on va les punir à la hauteur de leurs actes.

Ismael Ouédraogo : Est-ce qu’aujourd’hui M. Kambou vous êtes un homme soulagé ?

Ollo Kambou : Je me suis forcé de m’amuser, de taquiner les gens depuis que je suis pour pouvoir oublier ce que j’ai vécu. Vous voyez que je suis dans toutes les piscines de Ouagadougou. Je m’amuse avec des enfants, je fais tout pour oublier. Respirer l’urine, l’odeur des cacas, au-dessus de ma tête, je me lève tôt et je m’assois pour que les autres codétenus puissent laver leur figure sur le bac où je posais mes pieds. Tout cela, c’est des choses qu’il faut oublier. Même ce que j’ai vécu, quand je vois la cavale de Blaise, j’ai pitié même sans vous mentir.

Retranscrit par Amélie GUE

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