La peste porcine au Burkina

porc A quand des mesures idoines ?

Dans Le Reporter du 15 mars 2015, nous relations la déclaration de la Peste porcine africaine (PPA) dans une ferme d’élevage de porcs à Saponé, non loin de Ouagadougou. Les acteurs de la filière porcine très inquiets déploraient à l’époque une certaine inertie de la part des autorités en charge des Ressources animales. Après notre parution, les choses ont semblé bouger mais pas pour longtemps ; un laxisme de la part des autorités est toujours constaté sur la question.

Déjà en janvier 2015, suite à la mort d’une quarantaine de reproducteurs en moins de deux semaines, les constations avaient été faites par les pharmacies SOFAVET et AVIPRO. Une autopsie d’une carcasse de porcs au laboratoire national d’élevage et à la suite d’une demande d’analyse faite le 10 février, le prélèvement d’un échantillon de 17 sérums avait suivi le lendemain. Il aura fallu attendre près d’un mois soit le 6 mars, pour avoir des résultats ne demandent pas autant en temps, du laboratoire. Signés aux dates du 11 février et du 19 mars, ce n’est que les 17 mars et 04 mai que M. Zongo, propriétaire de la ferme, recevra effectivement et respectivement le rapport d’investigation suite aux mortalités à la ferme et la notification des résultats d’analyses sur les prélèvements d’échantillons biologiques. Le diagnostic révélait la présence de deux maladies dans la ferme, la brucellose et la peste porcine. Il était particulièrement demandé à M. Zongo d’effectuer un dépistage sérologique de la brucellose et de la PPA sur tous les animaux de ferme, avec pour note que les tests de laboratoire seront subventionnés à 1500FCFA par animal. Offre qui avait été décliné par les concernés parce que affirment-ils, en contradiction avec leurs lectures et connaissances de la PPA. Une maladie qui dès que signalée dans un endroit précis, pour son éradication, nécessite destruction des carcasses, abattage des animaux, qu’un vide sanitaire soit fait et que le mal soit circonscrit dans un rayon donné. Ils se disaient alors incompétents pour agir seul, sans l’aide du ministère.

Le 16 mars 2015, les producteurs ont été dans les locaux du ministre des Ressources animales pour poser le problème crucial qui handicape le développement de leur activité. Il s’en est suivi des échanges entre le ministre du MRA, les services techniques et différentes structures des producteurs de porcs dans le but de trouver des solutions idoines pour lutter contre la maladie et aussi expliquer au ministre les difficultés auxquelles la ferme FABIOLA de Saponé, province du Bazèga était confrontée pour 4 cas de peste porcine avérés. Le message du ministre était alors qu’il fallait réfléchir ensemble pour répondre aux producteurs et de relever que les services techniques n’ont jamais fait de feed-back sur les prélèvements sanguins. Pour se défendre, le directeur général des services vétérinaires dira qu’il est connu que le Burkina fait partie de la zone endémique de la PPA illustrée par une carte du monde réalisée de 2011 à 2013, et qu’en dépit des nombreux foyers enregistrés, l’Etat n’a pas les moyens pour supporter financièrement les pertes. Des propos de la directrice du laboratoire d’analyse, le travail a été fait normalement dans les délais mais ce sont les investigations sérologiques et moléculaires qui prennent du temps.

Les éleveurs laissés à eux même

Avec la PPA déclarée dans la ferme de M. Zongo le 6 mars jusqu’à la rencontre avec le ministre, la direction de la santé animale ainsi que la direction générale des services vétérinaires n’ont entrepris aucune action pour circonscrire la maladie. Lors de cette rencontre avec les autorités, six recommandations avaient été faites par les associations d’éleveurs de porc. Il s’agissait de demander une meilleure réactivité du laboratoire national dans la détection de la peste ; un rôle de premier plan de la Direction de santé animale ; le prélèvement de sang dans les porcheries en claustration dans les villes de Ouagadougou, Bobo Dioulasso et leurs banlieues en vue d’un test à la PPA ; la mise en place d’une fiche de constatation de la PPA ; la déclaration officielle de l’existence de la peste porcine africaine au Burkina Faso et la prise de mesures idoines pour son éradication et le dédommagement des éleveurs ; enfin, la circonscription rapide de la PPA constatée dans la ferme Fabiola de Saponé afin d’éviter sa propagation. A l’issue des échanges, promesse avait été faite aux acteurs de la filière porcine, par le ministre, de leur revenir deux semaines après, cela après des échanges avec les techniciens. Le constat est qu’après cette rencontre et jusqu’à ce jour, les différentes recommandations n’ont été prises en compte. Pire, il n’y a plus de contact entre les différentes parties.

Des suspicions sans preuve de la PPA, il y’en eut dans un passé récent. En 2005 la ferme de M. Nikiema Aimé comptait 127 morts, en 2010,2011 et 2013 dans les fermes à Bobo Dioulasso, il était dénombré plus de 400 morts de porcs et enfin, 109 morts dans la ferme de M. Kaboré Maxime en octobre 2014. Pour les deux premiers cas, les prélèvements ont été envoyés hors du Burkina et les résultats ne sont jamais parvenus aux éleveurs. Le cas de PPA, confirmé cette fois ci à Saponé, coute à la ferme FABIOLA près de 1/3 de son troupeau d’environ 600 porcs. D’autres récentes suspicions ont été notées à Yamtenga à Ouaga (39 morts).

Avec les porcs sains, il y’a risque de propagation de la maladie qui est incurable et très contagieuse. Chose qui aura un impact sur cette activité qui contribue dans l’économie du pays. Le risque actuellement est la survie de la filière quand on sait que des mesures ne sont pas prises et qu’il n’y a pas de synergie d’action entre le ministère et les producteurs. Pour l’instant, ces derniers continuent d’assister impuissants aux pertes de leurs animaux. Déjà après notre premier article sur la question, notre prise en contact avec le DCPM du ministère pour un entretien afin d’avoir réponse à certaines questions, s’est révélée sans suite. Promesse avait été faite de nous revenir, mais silence radio jusqu’à ce jour.

AG

  • Paru dans Le Reporter N°170 du 15 au 31 Juillet 2015
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